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viernes, 23 de septiembre de 2011

L’angle mort des années cinquante

Viernes, 14 de octubre, 9:00 - 15 de octubre, 19:00. Journées d’études organisées par G. Bianco et F. Fruteau de Laclos

Vendredi 14 octobre, ENS-Ulm, Amphithéâtre Rataud, 45 rue d’Ulm

- Vincent de Coorebyter (Bruxelles) « La force des choses ou l'aporie du communisme »
- Marylin Maeso (Paris-I, ENS) « Nouvelles réflexions sur la violence : Camus entre Sartre et Merleau-Ponty »
- Maryvonne Saison (Paris Ouest Nanterre La Défense) « Mikel Dufrenne 1946-1953 : une place difficile à trouver »
- Frédéric Fruteau de Laclos (CHSPM, Paris-I) : « Logos et historia : la psychologie de François Châtelet »
- Giuseppe Bianco (University of Warwick / CIRPHLES): "Philosophie et histoire de la philosophie"

Samedi 15 octobre, Université Paris-I Panthéon-Sorbonne, Salle Halbwachs, 17 rue de la Sorbonne

- Florence Hulak (Institut d'études avancées - Paris) « L’objectivité en histoire. Retour sur le débat Ricoeur/Althusser (1952-1953) »
- Atilla Akmut (ENS) « Georges Canguilhem et la sociologie historique : homme d’institution ou homme de science ? (1948-1960) »
- Luca Paltrinieri (CIEPFC, ENS) « Philosophie et psychologie dans les années 1950 : Maladie mentale et personnalité de M. Foucault comme analyseur »
- José Luis Moreno Pestaña (Universidad de Cádiz) « Qu’est-ce qu’un héritage intellectuel ? A propos du corps et de la politique chez Merleau-Ponty et Foucault »
- Claire Pagès (Nancy-II) « Quel maître? Quel esclave? Hegel en débat »
- Danilo Scholz (ENS) « Adorno en France »

ARGUMENTAIRE

La seconde guerre mondiale et l’immédiat après-guerre, ce fut l’existentialisme, le recours massif à la phénoménologie de Husserl et de Heidegger, et bientôt des couplages avec la dialectique, via la relecture de Hegel et Marx. Quelques années plus tard, au cœur des Trente glorieuses, l’élan du vécu est retombé ; l’existentialisme et la phénoménologie refluent face à la pensée des structures. Le moment du sujet, de la conscience ou de l’existence semble désormais bien loin.

Arrivé en ce point de son récit, l’historien de la philosophie sera peut-être tenté de poser la question suivante : Mais que s’est-il donc passé entre l’immédiat après-guerre et le milieu des années soixante, pour que s’observe un tel renversement des perspectives philosophiques ? Il faut toutefois prendre garde, car en deçà de la réponse susceptible d’être avancée, la formulation de la question présuppose une certaine conception de l’histoire de la pensée. Selon cette conception, la vogue de l’existence d’un côté, la vague structuraliste de l’autre, sont des touts historiques à étudier dans la plénitude de leurs réalisations conceptuelles, cependant que les années cinquante représentent une décennie de transition, en laquelle s’épuise l’ancien paradigme philosophique et se prépare le suivant, à travers esquisses plus ou moins réussies de dépassement du vécu, tentatives satisfaisantes ou avortées de pensée des structures. La réponse à la question posée consisterait alors en l’analyse d’une transmutation dans la période intermédiaire.

Tout le problème est de savoir si ce manque de visibilité de la période provient de la valeur réelle de ce qui s’est alors produit en philosophie, ou s’il ne s’agit pas plutôt d’un problème de focale, dépendant du regard que nous portons sur elle. Loin d’être une époque vide, ou sans vie, les années cinquante ne souffrent-elles pas des perspectives qui sont les nôtres, et des angles morts que recèlent ces perspectives [1] ? Nous voudrions, à l’occasion de cette Journée, évoquer quelques-unes des positions originales apparues dans les années cinquante ; prendre en considération les essais autant que les erreurs, les efforts avortés ou les constructions achevées, que ces ouvertures singulières aient ultérieurement donné des fruits théoriques ou qu’elles n’aient débouché sur rien, tout en méritant d’être reprises aujourd’hui.

S’il s’avérait que nous sommes confrontés ici à une difficulté « subjective », liée à l’aveuglement provoqué par les doctrines « éclatantes » qui encadrent la période, nous devrions pouvoir tirer un grand profit réflexif de l’organisation de cette Journée. L’effort pour appréhender l’angle mort des années cinquante donnera en effet l’occasion de saisir l’insuffisance de nos catégories historiographiques habituelles. Les notions de « courant », « mouvement », « paradigme », « génération » ne sont peut-être pas adéquates pour rendre raison de la réalité des productions intellectuelles, de la nouveauté de l’invention dans la pensée. En reprenant un chantier ouvert pour la première fois il y a plus de vingt ans au Centre Pompidou [2], et récemment travaillé dans une perspective d’histoire littéraire, nous souhaitons soumettre à une enquête historienne plus attentive une période qui dort encore dans l’obscurité de l’archive [3], mais aussi nous interroger sur les méthodes que la philosophie, l’histoire, la théorie littéraire, la sociologie et l’économie mobilisent pour décrire des objets complexes comme le travail, la stabilisation et la transformation des concepts.

G. Bianco, F. Fruteau de Laclos

Notes
[1] Nous reprenons ici l’heureuse métaphore due à Michel Murat dans sa contribution à L’idée de littérature pendant les années 1950, colloque Fabula, Paris IV, 2004.

[2] Les enjeux philosophiques des années cinquante, Paris, Centre Georges Pompidou, 1989.

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